Enfin de retour. Et oui, j’étais prise au milieu d’un tourbillon de nausées épouvantables, de fatigue extrême et d’une perte de goût pour à peu près tout ce que j’aime. J’ai même eu peur de souffrir de dépression pré-partum (oui, ça existe aussi). Mais voilà avec un peu plus de la moitié du chemin d’accompli (23 semaines), je reprends vie.
Vous aurez deviné, j'attends un bébé. J’ai tellement hésitée avant d’avoir un 3e enfant. Je pensais tout le temps que j’étais trop vieille, trop fatiguée, pas suffisamment en forme et tellement désorganisée. Je changeais d’idée 3 fois par semaine : « oui, je veux un autre bébé, non je n’en veux plus, je n’y arriverai pas, mais dans 5 ans lorsqu’il sera vraiment trop tard, je sais que je vais regretter, alors je veux un 3e bébé. Oh! Puis non, c’est trop épuisant ». Après quelques mois de ce discours, mon mari ne pouvait plus m’entendre, il ne me restait plus qu’à faire le bébé ou à me taire. Je me suis tue durant quelques jours.
Un matin, en laissant Fleur de mai à l’école, je m’arrête, avec Fée souriante, aux Galeries d’Anjou pour m’acheter un café. Il est encore tôt, les magasins sont fermés. J’aime me promener dans le centre commercial presque vide. Il y a les gérants, gérantes, les vendeurs, vendeuses qui s’arrêtent ou non au café avant de commencer leur journée, il y a les concierges qui lavent les vitrines ou balaient les planchers et les membres du club de marche qui se pressent seuls, en couples ou parfois en groupes. Tout est à la fois calme et effervescent, dépendamment où l’on pose notre regard.
Fée souriante aime aussi le centre commercial tôt le matin, elle peut courir loin sans me perdre de vu. Lorsqu’elle sent qu’elle s’éloigne trop, elle s’arrête devant une vitrine fraîchement lavée, elle y colle son nez et ses petites mains et elle regarde les vêtements, les produits beauté ou les bijoux (c’est une vraie fille, celle-là) jusqu’à ce que je la rejoigne. Un matin d’octobre, elle m’attendait devant le H&M, la vitrine des enfants. Des mannequins de petite taille, garçons et filles, habillés de vêtements d’hiver. Et là, la musique d’ambiance s’est faufilée jusqu’à mon oreille :
Puisque c'est toi que j'aime, toi qui manques à ma vieSi un jour toi aussi, tu sentais que tu m'aimesPuisque c'est toi que j'aime, toi qui manques à ma vieOn pourrait tous les deux esayer d'être heureux Cindy Daniel, Sous une pluie d'étoilesProbablement une chanson d’amour comme il s’en écrit tant, mais ce n’est pas tout à fait ainsi que je l’ai perçue. Elle m’a frappée en plein cœur et les larmes voulaient couler sur mes joues. J’ai réussi à les retenir, j’étais dans un lieu public après tout. Vous pourrez dire que je suis folle, si cela vous chante, mais dans ces mots, c’est mon 3e enfant que j’entendais, celui que je n’étais pas capable d’avoir ou de ne pas avoir
comme je l’ai déjà écrit. Quelques semaines après cet événement (si je peux qualifier cet instant d’événement), j’ai choisi de l’avoir.
Il a mis 5 mois avant de décider à se pointer, 5 mois durant lesquels j’ai continué de douter, 5 mois durant lesquels j’étais à la fois soulagée et déçue chaque fois que le cycle reprenait. Ce n’est pas facile une grossesse à 40 ans, peut-être qu’un jour je vous raconterai tout ce qui m’est passé par la tête durant les premiers mois, pas aujourd’hui, je ne peux pas.
C’est un garçon, son papa est très fier et les filles ont bien hâte d’avoir un petit frère. Fleur de mai veut seulement le regarder, alors que Fée souriante veut le prendre dans ses bras, lui donner le biberon et lui changer la couche (je me demande s’il elle changera ses couches à elle aussi, tant qu’à y être).
On essaie de trouver un nom, Fleur de mai veut l’appeler Jack ou Sam (ce qui ne fait pas parti de mes choix), Fée souriante est plus originale, elle a choisi Bébéfleur (je crois qu’à l’adolescence, il nous en voudra terriblement s’il est affublé d’un tel prénom). On arrivera certainement à s’entendre d’ici novembre lorsqu’il nous présentera son bout de nez juste après mes 41 ans.
Peut-être que je suis trop vieille, peut-être que je suis trop fatiguée, pas en forme et complètement désorganisée, mais aujourd’hui, je ne doute presque plus. Je suis de retour, probablement pour peu, car bientôt, je serai prise dans un tourbillon de pleurs, de nuits blanches, de tétés, de couches pleines (en double, celles de Fée et celles de bébé). Mais je suis déjà passée par là (deux fois plutôt qu’une). Ça dure un temps et ensuite on s’amuse avec nos enfants comme lorsque nous étions enfants.
Ce n’est pas facile la grossesse à 40 ans. C’était pourtant ma seule avenue pour éviter, plus tard, les regrets.
Alexandra